Un amour

Si certains critiques ont cru pouvoir trouver dans ce roman, le dernier de Buzzati, des accents autobiographiques, il faut les corriger en observant que cette histoire de l'amour fou qu'éprouve un quinquagénaire distingué mais timide, Antonio Dorigo, pour une jeune putain milanaise, Laïde, a quelque chose d'universel. Car chaque homme mûr ne peut que se reconnaître – en réalité ou en fantasme – dans le personnage de Dorigo, dévoré par la jalousie, tourmenté par celle qui réveille en lui les sentiments les plus extrêmes. Un amour, c'est aussi la description, dans un style haletant et parfois haché, aux accents d'une terrible réalité, des derniers feux de la passion. Ce texte peut sembler particulier dans l'oeuvre de l'auteur du Désert des Tartares, mais il offre pourtant ce trait commun avec les autres livres de Buzzati : la nostalgie de l'absolu. Dès lors, tout lecteur, quels que soient son âge et son sexe, sera touché par cette oeuvre puissante, impressionnante par son extraordinaire véhémence.